
« La seule façon de ne pas s’ennuyer au théâtre,
c’est d’en faire. » (Topor)
En vacances avec ses parents sur l’île de Zircos, Didier Bonnel, un petit Français âgé de six ans, est emprisonné par la police locale sans motif. Comment le faire libérer ? Faut-il déclencher un tollé international ? Inspirée de la Grèce, alors sous le joug du « régime des colonels », L’Auberge des colonels (1972) livre une satire cinglante et hilarante des dictatures touristiques et de la « politique des otages ».
Adaptation pour la scène de son roman-conte éponyme de 1967, La Princesse Angine narre la balade onirique d’une petite fille-maladie, flanquée d’un jeune hippie et d’un duc alcoolique, cernée de sorcières et de fées, de médecins et d’ogres. Cet hommage surréaliste à l’Alice de Lewis Carroll reste l’un des textes les plus poignants de Topor.
Sous l’œil goguenard d’un psychiatre bidon, une riche schizophrène suisse entretient avec son double féminin des rapports sadomasochistes, interrompus par l’irruption d’un livreur de pizzas hermaphrodite… Le Feu au lac (1996) offre une étonnante variation sur la folie, le dédoublement de personnalité et la « confusion des genres », thèmes récurrents de l’auteur qu’on retrouve du Locataire chimérique à L’Ambigu.
Qu’il soit politique, poétique ou psycho-érotique, le Théâtre Panique de Topor frappe toujours aussi fort par son acuité moderne et caustique. Ce tome 3, rassemblant trois pièces totalement inédites écrites entre 1972 et 1996 (ainsi que six brèves pièces humoristiques), reflète toute la palette de son singulier génie.
Roland Topor (1938-1997) : peintre, dessinateur, écrivain, dramaturge, poète, chansonnier, cinéaste, acteur, photographe, etc. Remarqué très tôt pour ses étranges dessins au graphisme original (dans Arts, Bizarre et Hara-Kiri), il reçoit le prix de l’Humour noir dès 1961 et crée le mouvement d’avant-garde Panique avec Arrabal, Jodorowsky et Olivier O. Olivier.
Son premier roman, Le Locataire chimérique, sera adapté au cinéma par Roman Polanski ; son deuxième, Joko fête son anniversaire, recevra le prix de Flore en 1970 ; il écrira aussi des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre et des livres concepts.
Du long-métrage d’animation La Planète sauvage (avec René Laloux, prix spécial du Jury à Cannes en 1973) au meilleur film sur Sade, l’étonnant Marquis (avec Henri Xhonneux), en passant par les émissions télévisées Merci Bernard, Palace et Téléchat, Topor marquera également de son empreinte le cinéma et l’audiovisuel.
Certaines de ses images (affiches pour Amnesty International ou les films L’Empire des sens et Le Tambour) ont fait le tour du monde, toujours relevées d’un humour noir féroce.
« De son vivant, Topor vendait peu de tableaux, en donnait beaucoup, ses livres faisaient des bides, ses pièces des scandales, ses films faisaient hurler les critiques, et tout cela le rendait hilare : qu’est-ce que vos parents ont été cons ! Dépêchez-vous de (re)découvrir ou même relire tout simplement ces petits bijoux d’un des génies du XXe siècle. Avant que trente crétins, par leur silence, ne nous l’enterrent pour de bon. » (Yves Frémion, Fluide glacial)